Quelques mots en défense de Yohann Gourcuff
Les arguments habituels pour défendre Gourcuff, pointant la jalousie qu’il essuie, le desservent et sont des querelles à la marge. Il faut recentrer les débats sur son talent seul, et lui seul, lui sert de crédit. Au risque d’en écorcher beaucoup, il fait partie de la race des grands meneurs de jeu, la race s’éteint hélas. Le talent ne meurt jamais. Et on pourrait dire, comme Racine le fit avec le « secret » : il n’est pas de talent que le temps ne révèle. Même contrarié, il renaîtra. Dans un monde sportif de l’immédiat, la patience est une hérésie et le facteur humain disparaît du l’univers du foot. Il faut s’en désoler.
Toutefois je veux en finir avec ce genre de développements : L’icône à la belle gueule, à qui on le fait payer, peut-être, mais ce n’est pas décisif. Le garçon sensible, voire fragile, inapte à se mêler à la bêtise envahissante de ses coéquipiers, peut-être, mais ce n’est décisif. Le garçon correct, à la langue normale qui tranche avec l’imbécile argot pauvre de ses coéquipiers, aussi, mais c’est marginal. Le garçon qui lit les « Échos » dans l’avion quand ses coéquipiers, écouteurs ronflants à l’oreille, s’infusent de Rap, sans doute,
Oui, en effet, ça peut vaguement éloigner un homme de son groupe, l’esseuler. Idéalement, l’harmonie du groupe peut féconder des succès, mais on ne demande pas, définitivement, un diktat des atomes crochus afin de bien jouer sur un terrain. Ce sont des détails, la réalité est plus sombre : le paradigme qui gouverne le foot mondial est à dégueuler. Le voilà le problème, leurs statistiques, leur argent, leur froide arithmétique, autant que considérations qui relèguent le talent en critère dernier au football. C’est aberrant. Il faut oser la dissidence dans le monde ce sport, croire en des joueurs, leur donner une chance quand tout le monde les vomit. Il faut un peu de folie pour sortir de cette époque aseptisée.
Laurent Blanc a cédé à la pression, il en est impardonnable. Il est le seul à blâmer. Entrer dans un tailleur, crédibiliser son visage avec des lunettes, tutoyer la désinvolture avec une touillette dans la gueule, ça ne change pas un idiot en génie. Blanc le restera pour avoir accédé aux caprices d’analystes aux horizons courts, aux froids calculs, et en définitive, à ceux qui préfèrent la promesse de la forme sur la légitimité du talent. Le lynchage de Gourcuff avait atteint des proportions inouïes. Il continue et comme toujours les exécutions en publics font fantasmer la somme des crétins du football du dimanche, érudits sans talents chez qui l’émotion remplace la légitimité. Comme si on n’était pas redevable de Yohann Gourcuff de performances de grandes classes, comme si ses apparition en équipe de France ne l‘affranchissaient de jouer son destin sur un match, pas à son poste qui plus est. Seconde erreur de Blanc, celle-là cruelle : l’hésitation coupable et le couperet.
Yohann Gourcuff devait faire partie de cette liste, comme option probablement mais ne jamais quitter une sélection qui choisit Alou Diarra (médiocre, pire fantomatique à Marseille) et Blaise Matuidi (Prototype du grand nègre au foot dont on loue le muscle, la bite et peu le cerveau, contrastant pathétiquement avec le calme et le talent de T. Motta). Le choix de cette sélection est largement contestable, si de forme on veut parler, de temps de jeu, ni Mexès, ni Malouda ne devraient en être sur l’ensemble de la saison. Quand on construit un groupe, il faut le faire sur la durée, et Gourcuff a été irréprochable dans son rapport à l’équipe de France. Tous les élus ne peuvent s’en prévaloir. On ne façonne pas une équipe offensive, joueuse, en incluant Matuidi, Mvila, Diarra, même registre, et en excluant Gourcuff seul meneur de ces 25. Quand Nasri, insipide et quelconque gambade de partie en partie, de l’inconsistance à la médiocrité.
Mais il faut peut-être assumer une divergence de fond avec la meute : basiquement, j’aime le talent au football, le pur, celui de Jérôme de Leroy et de Riquelme. Jamais cette époque ne les aurait consacrés. Et je mets devant tout, les vertus techniques au foot que beaucoup pensent secondaires. Je continuerai, dans une solitude luxueuse à croire, qu’un contrôle de Zidane vaut mille buts de Messi et Ronaldo mêlés. Puisque les esthètes n’ont plus rien, je veux m’agripper à ce droit.
Pour finir, personne n’est dupe. Depuis deux ans, Gourcuff connaît un coup de moins bien. Il vit le cauchemar redouté de tout footballeur : une perte de confiance en soi. Ça dénature son jeu, réduit ses prises d’initiatives, inhibe son audace, le rend laborieux sous le coup de la tergiversation, et le génie qu’on a entrevu avec lui, reste une ombre couverte par une frilosité générale dont l’origine m’est inconnue. Pourquoi Gourcuff n’émerveille plus ? Je ne sais. Et malgré ça, ses matchs sont corrects. Émerveillera-t-il à nouveau ? Pour sûr, oui. Il faut les hommes, l’ambiance, un garde-fou qui comme Arsène Wenger, saura rendre à cet homme sa splendeur. Je vois d’ici les rires moqueurs pour cette association, après les cris, il faut bien à la meute hurler de rire. Je m’attache à des joueurs. Je me suis attaché à Gourcuff et j’ai vécu cet après midi une vraie douleur.
Bon courage quand même… à Benzema clone de mon kabyle de cœur, à Ben Arfa, la pépite, à Valbuena de déjouer tous les jours, leurs commentaires piètres en étant le meilleur jour Français des 3 dernières années.